Shéhérazade: ouverture de féerie (2)

Reviewing the overture Shéhérazade in Le Temps (13 June 1899), Pierre Lalo adopted the attitude of hostility mingled with expressions of regret which characterised his commentaries on Ravel’s music over the next thirty years. Referring to the overture’s programme note, he wrote:

“Cette prose vous suggère aussitôt la pensée d’une śuvre fortement charpentée, composée avec vigueur et conduite avec certitude. N’ayez pas trop de confiance en elle: si vous cherchez dans la musique tout ce que vous indique le programme, vous aurez grand’peine à l’apercevoir. Les ‘développments’, surtout, sont à tel point introuvables qu’on serait tenté de croire que M. Ravel en parle par ironie. En réalité Schéhérazade se compose d’une série de petits fragments très courts, rattachés les uns aux autres par des liens extrêmement légers. Ce sont dix mesures, ou quinze, ou trente, qui semblent exposer une idée; puis brusquement on passe à autre chose, et à autre chose encore. On ne sait ni d’où l’on vient, ni où l’on va. Pour qualifier cette rhapsodie d’ouverture ‘construite d’après le plan classique’, il faut que M. Ravel ait beaucoup de candeur ou d’imagination; à moins qu’il ne se moque agréablement de nous. Sa manière fait songer pour la structure, ou par le défaut de structure, à celle de M. Grieg, plus encore à celle de M. Balakiref. C’est la même incohérence dans le plan d’ensemble et dans les relations tonales; mais ces caractères, déjà assez frappants chez les modèles, sont portés à l’excès par l’élève, à qui manque d’ailleurs la spontanéité à demi-populaire du Norvégien, comme l’éclat éblouissant des Russes. Ne croyez pourtant pas que Schéhérazade soit une partition sans valeur. Le travail harmonique en est extrêmement curieux, presque trop: M. Ravel subit ici visiblement l’influence redoutable d’un musicien qu’il faudrait savoir aimer sans l’imiter, M. Claude Debussy. Et l’orchestre est plein de recherches ingénieuses et de piquants effets de timbres. Il peut sortir de là un artiste. If faut souhaiter à M. Ravel de ne point mépriser l’unité et de songer plus souvent à Beethoven.”

(Quoted in Marnat [1986], p.92).